La Saisie de Compte Bancaire Exécutée : Guide Complet pour Comprendre et Faire Face à cette Procédure

La saisie de compte bancaire représente une procédure d’exécution forcée permettant à un créancier de récupérer les sommes qui lui sont dues directement sur les comptes de son débiteur. Cette mesure, particulièrement efficace mais redoutée, intervient généralement après l’échec de tentatives amiables de recouvrement. Face à l’augmentation des procédures de recouvrement en France, maîtriser les mécanismes juridiques de la saisie de compte bancaire s’avère fondamental, tant pour les créanciers qui souhaitent faire valoir leurs droits que pour les débiteurs qui doivent comprendre leurs moyens de défense. Ce guide analyse en profondeur les fondements légaux, les étapes procédurales, les conséquences pratiques et les stratégies adaptées face à cette mesure d’exécution.

Cadre Juridique et Fondements de la Saisie Bancaire

La saisie de compte bancaire, techniquement appelée saisie-attribution, trouve son fondement légal dans le Code des procédures civiles d’exécution, principalement aux articles L.211-1 à L.211-5 et R.211-1 à R.211-23. Cette procédure permet à un créancier muni d’un titre exécutoire de saisir les sommes détenues par un tiers (la banque) pour le compte du débiteur.

Pour procéder à une saisie bancaire, le créancier doit obligatoirement disposer d’un titre exécutoire. Ce document juridique contraignant peut prendre diverses formes:

  • Un jugement définitif rendu par une juridiction civile
  • Une ordonnance d’injonction de payer devenue définitive
  • Un acte notarié revêtu de la formule exécutoire
  • Un chèque impayé après certification d’absence de provision
  • Un acte de prêt consenti par un établissement de crédit

La réforme des procédures civiles d’exécution opérée par la loi n°91-650 du 9 juillet 1991, puis modernisée par l’ordonnance n°2011-1895 du 19 décembre 2011, a considérablement simplifié et accéléré le mécanisme de la saisie bancaire. Avant ces réformes, la procédure nécessitait plusieurs étapes judiciaires, rendant le recouvrement plus lent et incertain. Désormais, l’effet attributif immédiat constitue la caractéristique majeure de cette procédure: dès la signification de l’acte de saisie, les sommes visées sont attribuées au créancier, sous réserve des contestations éventuelles.

Le principe de proportionnalité doit néanmoins être respecté, conformément à l’article L.111-7 du Code des procédures civiles d’exécution. La saisie ne peut porter que sur les sommes nécessaires au remboursement de la dette, majorées des frais d’exécution légitimes. Une saisie disproportionnée peut être contestée par le débiteur devant le juge de l’exécution.

La protection de certaines sommes contre la saisie constitue un aspect fondamental du dispositif légal. Le solde bancaire insaisissable (SBI), instauré par la loi n°2009-526 du 12 mai 2009, garantit au débiteur la préservation automatique d’une somme équivalente au montant forfaitaire du RSA pour une personne seule (soit 607,75 euros en 2023), même en cas de saisie. Cette protection s’applique sans démarche préalable du débiteur, la banque étant tenue de laisser cette somme à disposition.

Évolution jurisprudentielle récente

La Cour de cassation a précisé plusieurs aspects de la saisie bancaire ces dernières années. Dans un arrêt de la 2ème chambre civile du 4 mars 2021, elle a confirmé que l’indisponibilité des fonds s’étend à l’ensemble des comptes du débiteur détenus par l’établissement bancaire saisi, même ceux non expressément mentionnés dans l’acte de saisie. Cette jurisprudence renforce l’efficacité de la mesure pour les créanciers tout en appelant les débiteurs à une vigilance accrue.

Déroulement Procédural de la Saisie-Attribution Bancaire

La saisie de compte bancaire suit un déroulement strictement encadré par la loi, avec plusieurs étapes successives qui garantissent tant l’efficacité du recouvrement que le respect des droits de la défense.

Phase préalable et vérifications

Avant toute action, le créancier doit s’assurer de la validité de son titre exécutoire. Il convient de vérifier que la créance n’est pas prescrite – la prescription de droit commun étant de cinq ans selon l’article 2224 du Code civil. Le créancier doit mandater un huissier de justice territoralement compétent, généralement celui du domicile du débiteur ou du lieu où se situe l’établissement bancaire.

L’huissier peut, préalablement à la saisie, effectuer une recherche des comptes bancaires via le FICOBA (Fichier national des comptes bancaires et assimilés). Cette consultation nécessite l’autorisation du procureur de la République et permet d’identifier avec précision les établissements bancaires où le débiteur détient des comptes.

Signification de l’acte de saisie

L’acte de saisie est signifié par l’huissier directement à l’établissement bancaire (tiers saisi). Ce document doit contenir, sous peine de nullité:

  • La désignation du créancier et ses coordonnées complètes
  • L’indication précise du débiteur (nom, prénom, date de naissance, domicile)
  • Le fondement et le montant de la créance
  • La référence au titre exécutoire justifiant la saisie
  • La mention du solde bancaire insaisissable

Dès réception de l’acte de saisie, la banque procède au blocage immédiat des comptes du débiteur à hauteur du montant indiqué dans l’acte, majoré des frais à venir. Cette indisponibilité s’étend à l’ensemble des comptes créditeurs du débiteur dans l’établissement, y compris les comptes joints. La banque dispose d’un délai de 48 heures pour établir une déclaration indiquant à l’huissier le solde des comptes au jour de la saisie, ainsi que toute information utile concernant d’éventuelles opérations en cours.

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L’arrêt de la Cour de cassation du 26 janvier 2017 a précisé que l’omission par la banque de déclarer certains comptes engageait sa responsabilité et pouvait la conduire à devoir payer les sommes dues au créancier en lieu et place du débiteur.

Dénonciation au débiteur et délais de contestation

Dans un délai maximum de huit jours suivant la saisie, l’huissier doit dénoncer celle-ci au débiteur par acte d’huissier. Cette dénonciation informe le débiteur de la mesure prise à son encontre et l’avise de son droit de contester. Le débiteur dispose alors d’un délai d’un mois à compter de cette dénonciation pour former une contestation devant le juge de l’exécution.

La Cour de cassation, dans un arrêt du 21 septembre 2022, a réaffirmé le caractère impératif de ce délai d’un mois, précisant qu’aucune contestation ne peut être recevable après son expiration, sauf circonstances exceptionnelles dûment justifiées.

Phase finale: paiement et mainlevée

En l’absence de contestation dans le délai d’un mois, la banque procède au versement des sommes saisies au créancier sur instruction de l’huissier de justice. Si le montant saisi est inférieur à la créance totale, la saisie peut être renouvelée ultérieurement pour le solde restant dû.

En cas de paiement intégral de la dette par le débiteur directement au créancier, ce dernier doit donner mainlevée de la saisie par l’intermédiaire de l’huissier. Cette mainlevée permet de débloquer les comptes et de mettre fin aux effets de la saisie.

Protections et Recours du Débiteur Face à la Saisie

Bien que la saisie-attribution constitue une procédure redoutable pour le créancier, le législateur a prévu divers mécanismes de protection pour préserver les droits fondamentaux du débiteur et lui offrir des voies de recours.

Sommes légalement protégées contre la saisie

Certaines sommes bénéficient d’une protection légale et ne peuvent être saisies, même en présence d’un titre exécutoire valide:

  • Le solde bancaire insaisissable (SBI), correspondant au montant du RSA pour une personne seule
  • Les prestations familiales et les allocations logement, insaisissables selon l’article L.553-4 du Code de la sécurité sociale
  • L’allocation aux adultes handicapés (AAH)
  • Les pensions alimentaires, sauf pour le paiement des aliments
  • Une fraction des salaires, déterminée selon un barème progressif fixé par décret

La jurisprudence a renforcé ces protections. Dans un arrêt du 4 mai 2017, la Cour de cassation a précisé que la banque doit identifier la nature des sommes créditées sur le compte pour appliquer correctement les règles d’insaisissabilité, même sans demande spécifique du débiteur.

Pour les sommes insaisissables versées sur un compte bancaire, le décret n°2002-1150 du 11 septembre 2002 prévoit un mécanisme de traçabilité. Ces sommes conservent leur caractère insaisissable pendant un délai de deux mois à compter de leur versement sur le compte. Le débiteur doit cependant justifier de l’origine de ces fonds auprès de l’huissier ou du juge de l’exécution.

Contestation de la saisie devant le juge de l’exécution

Le débiteur peut contester la saisie devant le juge de l’exécution (JEX) du tribunal judiciaire dans le délai d’un mois suivant la dénonciation. Cette contestation peut porter sur différents fondements:

La validité formelle de la saisie: le débiteur peut invoquer des irrégularités dans la procédure, comme le non-respect des délais de dénonciation ou l’absence de mentions obligatoires dans l’acte de saisie.

La contestation du montant de la créance: si le débiteur estime que le montant réclamé est inexact ou que des paiements partiels n’ont pas été pris en compte, il peut demander une rectification.

L’extinction de la créance: le débiteur peut invoquer la prescription, le paiement intégral antérieur à la saisie, ou encore une remise de dette.

La saisine du JEX s’effectue par assignation délivrée au créancier ou par déclaration au greffe. La procédure est contradictoire et l’audience se tient généralement dans un délai de quelques semaines. Le débiteur peut se défendre seul, mais l’assistance d’un avocat est vivement recommandée compte tenu de la technicité de la matière.

Une décision rendue par la Cour d’appel de Paris le 12 janvier 2023 a rappelé que la contestation n’a pas d’effet suspensif sur la saisie, sauf si le juge en décide autrement par une ordonnance spéciale.

Demande de délais de paiement

Même en l’absence de contestation sur le bien-fondé de la créance, le débiteur peut solliciter des délais de paiement auprès du juge de l’exécution. L’article L.331-1 du Code des procédures civiles d’exécution permet au juge d’accorder un échelonnement dans la limite de 24 mois, en tenant compte:

  • De la situation économique du débiteur
  • Des besoins du créancier
  • De la bonne foi du débiteur dans l’exécution de ses obligations

Une jurisprudence constante considère que ces délais constituent une mesure de grâce judiciaire et non un droit acquis. Le juge dispose d’un pouvoir souverain d’appréciation pour les accorder ou les refuser.

Procédure de surendettement

Face à une saisie bancaire, le débiteur en situation financière grave peut déposer un dossier de surendettement auprès de la Banque de France. Le dépôt d’un tel dossier, lorsqu’il est déclaré recevable, entraîne la suspension automatique des procédures d’exécution en cours, y compris les saisies bancaires, pendant la durée d’instruction du dossier.

Cette protection a été renforcée par la loi Lagarde du 1er juillet 2010 et la loi Hamon du 17 mars 2014, qui ont considérablement simplifié la procédure de surendettement et renforcé les mesures de protection des débiteurs en difficulté.

Conséquences Pratiques et Financières de la Saisie Bancaire

La saisie d’un compte bancaire engendre des répercussions immédiates et parfois durables sur la situation financière et bancaire du débiteur, tout en imposant des obligations spécifiques à l’établissement bancaire.

Impact immédiat sur les opérations bancaires

Dès réception de l’acte de saisie, la banque procède au blocage immédiat des comptes du débiteur à hauteur du montant indiqué. Cette indisponibilité a des conséquences directes:

Les chèques émis avant la saisie mais présentés après celle-ci seront rejetés si le solde disponible (après prise en compte du SBI) est insuffisant. Ce rejet peut entraîner une interdiction bancaire et une inscription au Fichier Central des Chèques (FCC).

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Les prélèvements automatiques programmés (loyer, électricité, crédit, etc.) peuvent être rejetés, entraînant des frais d’incident et potentiellement des pénalités de retard appliquées par les créanciers concernés.

Les cartes bancaires peuvent être temporairement inutilisables ou limitées à des montants réduits, en fonction du solde restant disponible après application du SBI.

Selon une étude de la Banque de France publiée en 2022, les frais bancaires générés par les incidents de paiement consécutifs à une saisie représentent en moyenne 245 euros par dossier, aggravant souvent la situation financière déjà fragile du débiteur.

Frais bancaires et coûts de la procédure

La saisie génère différents types de frais qui s’ajoutent au montant de la dette initiale:

Les frais d’huissier, réglementés par le décret n°2016-230 du 26 février 2016, comprennent des droits fixes et proportionnels. Pour une créance de 5 000 euros, ces frais s’élèvent généralement entre 200 et 300 euros.

Les frais bancaires facturés par l’établissement pour le traitement de la saisie. L’arrêté du 27 mars 2018 plafonne ces frais à 100 euros par saisie. Une enquête de l’UFC-Que Choisir révèle néanmoins que certains établissements facturent des frais complémentaires pour chaque opération rejetée suite à la saisie.

Les intérêts légaux qui continuent de courir sur la créance jusqu’à son règlement complet. Le taux d’intérêt légal, révisé semestriellement, était de 4,47% pour le premier semestre 2023 pour les créances des particuliers.

La Cour de cassation, dans un arrêt du 5 décembre 2019, a rappelé que les frais liés à la procédure d’exécution sont à la charge du débiteur, sauf si la saisie est jugée abusive ou disproportionnée.

Incidence sur les relations avec l’établissement bancaire

La saisie peut détériorer durablement la relation entre le client et sa banque:

L’établissement peut décider de résilier certains services comme les facilités de caisse ou les autorisations de découvert, considérant que le risque client a augmenté.

La notation interne du client est généralement dégradée, limitant l’accès à de nouveaux crédits ou services bancaires.

Dans les cas de saisies répétées, la banque peut exercer son droit de résiliation unilatérale de la convention de compte, conformément aux dispositions de l’article L.312-1-1 du Code monétaire et financier.

Une étude menée par l’Observatoire de l’inclusion bancaire en 2021 montre que 68% des personnes ayant subi une saisie bancaire voient leur relation avec leur établissement bancaire se dégrader significativement, et 23% changent d’établissement dans l’année suivant la saisie.

Conséquences à long terme sur la situation financière

Au-delà des effets immédiats, la saisie bancaire peut avoir des répercussions durables:

L’inscription au FICP (Fichier national des Incidents de remboursement des Crédits aux Particuliers) en cas de défaillance sur des échéances de crédit consécutive à la saisie. Cette inscription, d’une durée de 5 ans, compromet l’accès à de nouveaux crédits.

La dégradation du score de solvabilité auprès des organismes de crédit et des bailleurs potentiels, compliquant l’accès au logement.

Le stress financier généré par la saisie peut entraîner un cercle vicieux d’endettement, comme l’a souligné une étude de l’Institut national de la consommation publiée en janvier 2023.

Stratégies Préventives et Solutions Alternatives à la Saisie

Face au risque de saisie bancaire, des approches préventives et des alternatives existent, tant pour les débiteurs que pour les créanciers, permettant d’éviter le recours à cette mesure d’exécution forcée ou d’en atténuer les effets.

Anticiper et prévenir la saisie bancaire

Pour le débiteur confronté à des difficultés financières, plusieurs actions préventives peuvent être envisagées:

La négociation directe avec le créancier constitue la première démarche recommandée. L’établissement d’un plan d’apurement amiable permet souvent d’éviter les procédures d’exécution forcée. Selon les statistiques de la Chambre Nationale des Huissiers de Justice, 62% des dossiers de recouvrement sont résolus par un accord amiable lorsque le débiteur prend l’initiative de contacter le créancier avant la phase contentieuse.

La diversification des avoirs entre plusieurs établissements bancaires peut limiter l’impact d’une éventuelle saisie, bien que cette stratégie trouve ses limites avec la possibilité pour l’huissier de rechercher les comptes via le FICOBA.

L’ouverture d’un compte dédié aux sommes insaisissables peut faciliter leur identification et leur protection. La Cour de cassation a confirmé dans un arrêt du 12 juillet 2018 que les sommes insaisissables conservent cette qualité même en cas de mélange sur un compte courant, mais leur traçabilité est alors plus complexe à établir.

Le recours préventif au dépôt d’un dossier de surendettement avant que les procédures d’exécution ne soient engagées permet de bénéficier d’une suspension automatique des poursuites et d’un réaménagement global de l’endettement.

Alternatives à la disposition du créancier

Pour le créancier, la saisie-attribution bancaire n’est pas l’unique voie de recouvrement. D’autres procédures peuvent s’avérer plus adaptées selon les circonstances:

La saisie des rémunérations (saisie sur salaire) présente l’avantage d’une exécution échelonnée dans le temps, avec prélèvement d’une fraction du salaire directement auprès de l’employeur. Cette procédure, bien que plus longue, garantit un flux régulier de paiements et préserve davantage les capacités financières du débiteur.

La saisie-vente de biens mobiliers peut constituer une alternative lorsque le débiteur possède des biens de valeur mais dispose de peu de liquidités. Cette procédure est régie par les articles L.221-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution.

Le paiement direct des pensions alimentaires, procédure simplifiée permettant au créancier d’une pension alimentaire de percevoir directement les sommes dues auprès du tiers détenteur (employeur, organisme social, etc.) sans passer par une saisie classique.

La procédure de saisie immobilière, mesure de dernier recours lorsque le débiteur possède des biens immobiliers et que la dette est significative. Cette procédure complexe est encadrée par les articles L.311-1 et suivants du Code des procédures civiles d’exécution.

Mécanismes de médiation et solutions négociées

Entre la négociation directe et la procédure judiciaire, des solutions intermédiaires existent:

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La médiation bancaire peut être sollicitée par le débiteur confronté à une saisie. Le médiateur, désigné par chaque établissement bancaire conformément à l’article L.316-1 du Code monétaire et financier, peut intervenir pour négocier un étalement des frais bancaires ou proposer des solutions adaptées à la situation du client.

Le recours à un conciliateur de justice, procédure gratuite et non contraignante, permet d’établir un dialogue entre créancier et débiteur sous l’égide d’un tiers neutre. En 2022, selon les statistiques du Ministère de la Justice, 71% des procédures de conciliation aboutissent à un accord amiable.

La procédure de rétablissement personnel (PRP), version française du bankruptcy américain, offre une solution d’effacement total des dettes non professionnelles pour les débiteurs dont la situation financière est irrémédiablement compromise. Cette procédure, accessible via la commission de surendettement, nécessite l’homologation du juge des contentieux de la protection.

Assistance juridique et accompagnement social

Face à une saisie bancaire, le débiteur peut bénéficier de différents dispositifs d’accompagnement:

L’aide juridictionnelle, dont les conditions d’attribution ont été élargies par la loi n°2020-1721 du 29 décembre 2020, permet aux personnes aux revenus modestes de bénéficier d’une prise en charge totale ou partielle des frais de procédure et d’avocat.

Les Points-Justice (anciennement Maisons de Justice et du Droit) offrent des consultations juridiques gratuites et anonymes avec des professionnels du droit. En 2022, plus de 500 000 personnes ont bénéficié de ces services sur l’ensemble du territoire français.

Les associations de défense des consommateurs agréées, comme l’UFC-Que Choisir ou la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie), proposent un accompagnement spécialisé pour les personnes confrontées à des difficultés financières.

Les travailleurs sociaux des Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS) peuvent accompagner les débiteurs dans leurs démarches administratives et financières, et les orienter vers des dispositifs d’aide adaptés à leur situation.

Perspectives d’Avenir et Évolutions du Cadre Juridique

Le droit des procédures civiles d’exécution, et particulièrement les mécanismes de saisie bancaire, connaît des évolutions constantes visant à équilibrer l’efficacité du recouvrement et la protection des débiteurs vulnérables. Plusieurs tendances se dessinent pour les années à venir.

Digitalisation des procédures d’exécution

La dématérialisation des actes et procédures d’exécution représente une évolution majeure du secteur. Le décret n°2021-1888 du 29 décembre 2021 a posé les jalons d’une transformation numérique des procédures d’exécution, avec plusieurs innovations significatives:

La mise en place d’un système d’information des saisies bancaires (SISB) permettant aux huissiers d’effectuer des saisies par voie électronique directement auprès des établissements bancaires. Ce système, dont le déploiement progressif est prévu jusqu’en 2025, devrait réduire les délais de traitement et sécuriser les échanges d’information.

La signification électronique des actes d’huissier, autorisée depuis le décret n°2020-950 du 30 juillet 2020, permet désormais de dénoncer une saisie au débiteur par voie numérique, sous réserve de son accord préalable. Cette évolution accélère la procédure tout en garantissant une traçabilité accrue.

L’accès direct des huissiers au FICOBA via une plateforme sécurisée, simplifiant les recherches de comptes bancaires et réduisant les délais procéduraux. Selon la Chambre Nationale des Commissaires de Justice, cette évolution a permis de réduire de 40% le temps nécessaire à l’identification des avoirs bancaires des débiteurs.

Renforcement de la protection des débiteurs vulnérables

Parallèlement à la digitalisation, plusieurs réformes tendent à renforcer les protections accordées aux débiteurs en situation de fragilité financière:

La proposition de loi n°4517 déposée en octobre 2021 vise à étendre le périmètre des sommes insaisissables et à rehausser le montant du solde bancaire insaisissable pour l’aligner sur le seuil de pauvreté plutôt que sur le montant du RSA. Cette réforme, si elle aboutit, porterait le SBI à environ 1 100 euros, contre 607,75 euros actuellement.

Le plafonnement global des frais d’incident bancaire pour les clients identifiés comme financièrement fragiles, instauré par décret en 2020, limite à 25 euros par mois et 300 euros par an le montant total des frais pouvant être prélevés. La Banque de France a recommandé en janvier 2023 d’étendre automatiquement ce plafonnement à toute personne faisant l’objet d’une saisie bancaire.

Le développement de l’offre spécifique clientèle fragile, que les banques sont tenues de proposer aux clients en difficulté financière. Cette offre, dont le coût est plafonné à 3 euros par mois, inclut des services bancaires de base et une limitation des frais d’incident.

L’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) a renforcé en 2022 ses contrôles sur l’application effective de ces dispositifs protecteurs par les établissements bancaires, avec un accent particulier sur le traitement des saisies et la mise en œuvre du SBI.

Harmonisation européenne des procédures d’exécution

L’intégration européenne influence progressivement le cadre juridique des saisies bancaires:

Le Règlement (UE) n°655/2014 du Parlement européen et du Conseil du 15 mai 2014 a instauré une procédure d’ordonnance européenne de saisie conservatoire des comptes bancaires, facilitant le recouvrement transfrontalier des créances. Ce dispositif permet à un créancier d’obtenir le blocage des comptes de son débiteur situés dans un autre État membre de l’Union européenne.

La directive (UE) 2019/1023 du 20 juin 2019 relative aux cadres de restructuration préventive encourage les États membres à développer des alternatives aux procédures d’exécution forcée pour les débiteurs en difficulté. La transposition de cette directive en droit français, amorcée par l’ordonnance n°2021-1193 du 15 septembre 2021, pourrait aboutir à de nouvelles procédures préventives accessibles aux particuliers.

Le projet de Code européen de l’exécution, porté par l’Union Internationale des Huissiers de Justice, vise à harmoniser les procédures d’exécution au sein de l’Union européenne, incluant les saisies bancaires. Ce projet, encore en discussion, pourrait aboutir à moyen terme à un cadre procédural commun.

Vers un équilibre entre efficacité du recouvrement et prévention du surendettement

Les évolutions législatives récentes témoignent d’une recherche d’équilibre entre les droits des créanciers et la protection des débiteurs:

La loi n°2022-172 du 14 février 2022 en faveur de l’activité professionnelle indépendante a renforcé la séparation entre patrimoine personnel et patrimoine professionnel des entrepreneurs individuels, limitant les possibilités de saisie sur les comptes personnels pour des dettes professionnelles.

Le développement des procédures de traitement préventif des difficultés financières, inspirées des modèles anglo-saxons de debt counseling, gagne du terrain. Le rapport Sichel sur l’inclusion bancaire, remis au gouvernement en octobre 2021, préconise la création d’un service public de conseil budgétaire accessible à tous les citoyens confrontés à des difficultés financières.

L’émergence de plateformes de médiation en ligne entre créanciers et débiteurs, certaines utilisant des technologies d’intelligence artificielle pour proposer des solutions de remboursement adaptées, représente une innovation prometteuse. Ces outils, déjà expérimentés dans plusieurs pays européens, pourraient réduire significativement le recours aux procédures d’exécution forcée.

La Cour européenne des droits de l’homme contribue à cette évolution équilibrée en veillant au respect du droit de propriété des créanciers tout en sanctionnant les procédures d’exécution disproportionnées. Dans l’arrêt Vaskrsić c. Slovénie du 25 avril 2017, elle a rappelé que les États doivent prévoir des garanties adéquates contre les abus dans les procédures d’exécution forcée.